20 janvier 2016

Gianluca Migliarotti

Certains me demanderont peut être : mais qui donc est Gianluca ? Ceux qui le savent en revanche crieront sûrement de joie à la simple évocation de son nom, car ce monsieur est l’homme qui a mis l’Italie et son savoir-faire sur pellicule. Gianluca Migliarotti est pour moi l’héritier de Beppe Modenese (Mister « Made In Italy »), dans le sens où c’est quelqu’un qui je pense aime profondément son pays, qui le comprend et qui souhaite en faire une promotion à dimension planétaire. Et il le fait avec talent ! Il a réussi à saisir la magie de Naples, de Florence, d’un artisan au travail, il a su capturer la beauté des paysages, et des hommes.

Ouverture du film « E poi c’è Napoli », qui suit le culottier Ambrosi à travers Naples

En France, on dit que l’artisanat est mort. Au cours de ma formation de tailleur, tous mes professeurs et leurs pairs s’accordaient la dessus : il n’y a plus rien à faire à part continuer à travailler jusqu’à épuisement, puis à emporter son savoir devenu inutile dans la tombe, à leur plus grande tristesse. Et leur pessimisme est justifié : les gouvernants français, par choix ou par désintérêt, ont mené une politique scolaire pendant quarante ans qui a bien failli tuer l’artisanat, au profit de formations généralistes grossissant les rangs du tertiaire, et également une politique fiscale qui a mis en banqueroute de nombreux ateliers. Détruire ce qui fait la fierté de la France depuis des siècles, ça parait fou ! Mais pour en revenir à notre sujet initial, en Italie, pour de multiples raisons, l’artisanat continue de bien vivre. Bien que les anciens disent que ce n’est plus comme avant, l’Italie a clairement le vent en poupe. Le Made In Italy fait rêver, et ses gants, ses parapluies, ses costumes, sa maroquinerie se retrouvent aux quatre coins de la planète, de Hong Kong à Rabat, de New York jusqu’à Manille !

Et je pense que tout ça est en grande partie grâce à des gens comme Gianluca, qui par leur art, offrent au monde une certaine vision de l’Italie, dénuée de clichés et magnifique de part la richesse de sa culture, la beauté de son environnement, la générosité de son peuple, qui est l’Italie que j’aime moi-même et qui ne cesse de m’émerveiller depuis mon plus jeune âge.

Capture écran article Gianluca 3

L’introduction d’Antonio Panico dans « O’mast » (maitre en napolitain)

Parlons un peu maintenant de comment j’ai découvert Gianluca! Ce fut grâce à Hugo Jacomet, qui publia sur son blog Parisian Gentleman en novembre 2010 un article sur son film « O’mast » , avec en fin d’article un lien vers son trailer. Cinq minutes de bonheur : il s’agit d’un documentaire sur les tailleurs napolitains, un tourbillon d’essayages, de travail d’atelier et de souvenirs des maitres-tailleurs sur leurs jeunes années sur fond de jazz. Je dirais sans peine que c’est cette malheureuse bande-annonce (que j’ai visionnée des milliers fois) qui m’a poussée la même année à me rendre à Naples, que j’ai adoré. Cette vidéo a continué de développer mon amour de l’art tailleur et m’a poussé à lire toujours plus sur ce sujet et sur l’habillement masculin en général, quelque soit le support:  magazines, bouquins, blogs, bien souvent au détriment de mes études de droit… Cette bande annonce m’a également fait découvrir The Armoury,  qui m’a poussé à aller à la découverte de Hong Kong et d’y faire un stage, dans une entreprise créée par un Français passionnant. C’est à la suite de ce stage que j’ai pris la décision d’arrêter mes études de droit pour faire une formation de tailleur. Bien sûr j’ai fini par acheter « O’mast » , « I colorio di Antonio » , et à visionner toutes les vidéos réalisées par Gianluca pour Vitale Barberis Canonico un nombre incalculable de fois…

Je n’irais pas plus loin dans la description des documentaires de Gianluca, c’est une expérience qui se veut avant tout visuelle et auditive, et c’est comme ça que je vous invite à la vivre.
Mais vous avez compris, Gianluca, s’il n’avait pas existé, je ne serais sûrement pas là où je suis aujourd’hui, et le monde serait moins beau à mon goût. Donc merci à vous Cher Monsieur, un grand bravo pour votre Œuvre, je vous souhaite qu’elle se poursuive, qu’elle touche toujours plus de monde, qu’elle continue à développer l’amour des gens pour l’Italie, pour son peuple si chaleureux (si si, même ceux de Padanie, du moins pour un parisien 😉 ), pour notre bel artisanat européen qui aura toujours besoin de plus d’adeptes et de défenseurs, et qui sait, peut-être que votre travail fera un jour des petits Français ?

Le maitre-tailleur Antonio Liverano, dans le documentaire du même nom

Le maitre-tailleur Antonio Liverano, dans le documentaire du même nom

Je vous invite à vous procurer toutes les œuvres de Gianluca, et j’espère voir la sortie publique prochaine de « E poi c’è Napoli », que j’ai déjà eu la chance de voir et qui est magnifique !

Les liens ci-dessous renvoient à la page vimeo de la société de production de Gianluca, celle de Vitale Barberis Canonico, et celles d’éminents collègues habilleurs chez qui vous pourrez vous procurer « O’mast » et « I colori di Antonio » : Drake’s, dont le propriétaire n’est autre que M.Cho, producteur des documentaires que je viens de mentionner et co-fondateur de The Armoury (rien que ça).

https://vimeo.com/user5120965

https://vimeo.com/search?q=vitale+barberis+canonico

https://www.drakes.com/books-dvds

R.B